7 Juillet 2007 sur la terre
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Salut les popaa ! (les occidentaux en tahitien)
Nùsa Dùa tire bien sagement sur son ancre dans le lagon d'"Amanu", petit motu situé au nord-est de "Ha

bandoultimo

o". Nous aurons mis 48 heures pour parcourir environ 500 miles nautiques avec une belle navigation au vent portant. Nous avions fait un petit stop mercredi dernier sur l'île de Taravai pour dire au revoir à nos amis insulaires et en profiter pour acheter à Didier (qui vend son bateau en pièces détachées) 20 mètres de chaine supplémentaire ainsi qu'un panneau solaire de 75 w. Notre mouillage principal fait maintenant 70 mètres , c'est un minimum pour naviguer dans cette zone où l'on doit souvent s'ancrer par 25 mètres de fond. Dés notre départ de Taravai, nous avons tenté d'envoyer notre spinnaker mais en vain, un problème de chaussette (grand manchon dans lequel le spi est emprisonné avant d'être libéré) nous a contraint à abandonner la manœuvre. C'est donc sous grand-voile et voile avant en "ciseaux" que nous sommes remontés vers le nord. Etant donné le vent et notre allure je pensais mettre environ 72 heures pour atteindre "Amanu", assurant ainsi une arrivée de jour et au bon moment de la marée (le samedi matin à 6 heures)... Mauvais calcul, le vent ayant forci, je m'aperçois 35 heures après notre départ (le matin du vendredi) qu'il est possible d'arriver avant la nuit, à condition de mettre "le booster". Le "booster" sur Nùsa Dùa" s'appelle de le genaker. C'est une voile avant de plus de 100 m² qu'on peut déployer jusqu'à 20 nœuds de vent. J'ai fait le calcul, nous devons faire une moyenne de 11 nœuds pour arriver avant la tombée de la nuit. Nous réglons les voiles avec finesse pour respecter cette moyenne. Et puis en fin de journée le vent mollit, et nous devons nous faire à l'idée que nous n'arriverons qu'une heure après le coucher du soleil, et quel coucher de soleil ! MA-GNI-FI-QUE !

Que faire ? Des ronds dans l'eau jusqu'au petit matin ou tenter de rentrer dans la passe étroite du lagon à l'aide des cartes, du GPS et du radar ? Je lance un appel sur le canal 16 de la VHF pour tenter d'obtenir l'horaire de la marée sur cette zone. Et là surprise, c'est mon ami Raoul qui navigue seul sur son monocoque acier qui me répond. Il est parti 24 heures avant nous et se trouve maintenant 10 milles dans notre sillage. Une dépression de nord-ouest est annoncée ce qui rendrait une entrée dans la passe le lendemain dangeureuse. Nous décidons donc de rentrer dans la passe de nuit. C'est Nusa Dua qui arrivera le premier et nous renseignerons ensuite Raoul sur les dangers observés. Et puis 5mn plus tard c'est notre ami Bernard sur son bateau Pitcairn qui nous contacte pour nous prévenir qu'il est déjà dans le lagon et que le positionnement de la carte par rapport au GPS est correct... en principe.

Il est 19h45 lorsque nous nous approchons de la passe, c'est la nuit noire. Le radar m'indique un signal en plein milieu de l'entrée !

Nusa Dua et Ibiscus, le bateau de Raoul
La passe vue de jour
Sunset

Mathilde va à l'avant avec un projecteur pour éclairer en direction du signal. C'est une barque de pêcheur ancrée juste à l'entrée. Pas facile pour prendre un bon alignement ! Je contourne l'embarcation et m'engage dans la passe en respectant bien les indications de la carte. Soudain Mathilde hurle : " des coraux juste devant !!! ". Moteur arrière toute je stoppe Nusa Dua malgré le courant favorable. Comble de la malchance notre projecteur rend l'âme !Mathilde courre sur le pont dans la nuit noire pour chercher une torche de secours pendant que je stabilise le bateau tant bien que mal. "Qu'est-ce que foutent ces coraux qui ne sont pas signalés sur la carte !". Mathilde revient à son poste et nous permet de trouver un passage. Ca y est nous sommes passés, 10 minutes plus tard nous jetons l'ancre, nous sommes à l'abri mais quelle montée d'adrénaline !

Je contacte aussitôt Raoul sur VHF pour le mettre en garde contre le mauvais positionnement de la carte et lui conseille vivement d'attendre la montée de la lune (23 h) pour entrer dans la passe... conseil qu'il ne suit pas.

Il est est 21 h 15 quand Raoul annonce sur la VHF : "Pierre tu m'entends, je suis sur le récif !".

Je mets immédiatement l'annexe à l'eau et part en direction de Raoul. Au fur et à mesure que je m'approche de la passe, je distingue dans la nuit son bateau planté sur la caille poussé par le courant. Lui aussi est en rade de torche, il ne sait plus du tout où il est, ironie du sort, son sondeur de fond vient de rendre l'âme...

Moteur arrière toute, il parvient à se dégager du récif tandis que je l'éclaire avec notre torche de secours pour lui montrer le passage. 10 minutes plus tard son bateau est mouillé à côté du notre par 22 mètres de fond.

Une chose est certaine, on a bien dormi...

El Capitano

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